Il était une fois au Pays des mille collines, dans la région des Grands Lacs, une reine qui s’ennuyait toute seule dans son château. Son mari le roi était parti en guerre. Ayant besoin d’assouvir ses désirs les plus intimes, elle ordonna à un serviteur de la satisfaire. Le serviteur refusa. Elle menaça de le faire tuer s’il n’obéissait pas. Alors il s’exécuta. Pendant l’acte, il tremblait tellement de peur que cela provoqua des vibrations au contact de la reine. Elle ressentit des choses qu’elle n’avait jamais connu avec le roi. La jouissance était à son apogée. Et là, l’eau jaillit. La légende raconte que lorsqu’elle étendit ses draps le lendemain, l’eau coula en abondance. Cette eau créa des ruisseaux. Ces ruisseaux se transformèrent en rivière. La rivière en fleuve. Le fleuve en lac. Ce lac, c’est aujourd’hui le célèbre lac Kivu qui traverse le Rwanda et la République Démocratique du Congo.

Bon, il y a aussi une autre version de l’histoire qui dit que la reine s’est satisfaite toute seule. Pareil, l’eau jaillit. Et au retour de son mari le roi, elle lui montra comment faire !

Je vous laisse choisir la version qui vous plait le plus. Moi ce qui m’intéresse (comme toujours sur Abenafrica), c’est de vous parler de la tradition qui découle de cette histoire qui fait aujourd’hui partie intégrante du patrimoine culturel rwandais. Une pratique que l’on connait plus communément sous le nom de Kunyaza.

J’ai découvert ce sujet grâce au Festival de Films Africains en ligne (l’#OAFF) organisé par Cinewax. Il s’est tenu du 15 novembre au 15 Décembre 2018. Je vous avais partagé la cérémonie d’ouverture dans mes stories Instagram et je vous avais parlé de l’événement dans mon Afro Agenda de Novembre ! L’un des films de la sélection était le documentaire ’’ L’Eau Sacré ‘’ (2016). Eau qui, vous l’aurez compris, fait référence à l’éjaculation féminine.

Mais qu’est-ce que le Kunyaza ? Quel est le rapport que la société rwandaise a aujourd’hui avec cette pratique ?  Cette ‘’eau sacrée’’ existe-t-elle chez toutes les femmes ? Saviez-vous qu’il existe même un rituel pratiqué sur les jeunes filles ? Rituel qui augmenterait les effets du Kunyaza…

Bref, je vous explique tout cela dans cet article. Enjoy !

Qu’est-ce que le Kunyaza ?

Au Rwanda, le Kunyaza est une pratique ancestrale destinée à faciliter l’éjaculation féminine. Il faut que l’homme arrive à faire jaillir l’eau du corps de la femme.

Pour les plus curieux, et les plus curieuses, je vous explique un peu plus loin en quoi consiste, concrètement, un Kunyaza…

Le Kunyaza aujourd’hui : qu’est-ce que les rwandais en pensent ?

Si cette pratique est connue de tous les Rwandais, le Kunyaza, reste un thème assez secret qu’on n’aborde pas ouvertement en société. Il est presque devenu pour certains un mystère : une chose que certains hommes arrivent à réaliser et d’autres pas. Une eau, que certaines femmes ont en elle et d’autres pas.

Dans le documentaire L’eau Sacrée, une femme témoigne (pendant l’interview, son mari est assis à côté d’elle) : ‘’ Si l’homme trouve cette eau c’est un grand honneur. Tu peux en être fière.  Vraiment. Tu te sens vraiment une femme. J’ai découvert ça avant notre mariage.  J’ai eu peur, je croyais être percée ! ’’ dit-elle en riant et en faisant de grands gestes avec les mains. ‘’ Je ne connaissais pas, je voyais ça pour la première fois.‘’ Elle ajoute avec un sourire apaisé : ‘’ Mais en fait ça peut renforcer ton couple. Il y a peut-être d’autres moyens. Mais ça c’est important, ça peut aider ton couple.‘’

Mais est-ce que toutes les femmes ont en elle la possibilité de vivre ça ?

Au Rwanda en tout cas, si certaines femmes n’arrivent pas (ou n’arrivent plus) à obtenir les effets attendus du Kunyaza, le docteur Simba Kakongi Ali a pensé à tout : la Vetexine. Il s’agit d’une concoction à base de plantes locales qui agit sur les hormones de la femme pour ‘’ libérer ’’ l’eau qu’elle a en elle. Le médecin insiste en tout cas sur le fait que si l’homme ne sait pas maitriser le Kunyaza, avec ou sans concoction, rien ne se passera !

Le docteur Simba Kakongi Ali

Est-ce que cela fonctionne ? Je n’ai pas testé, donc je ne peux rien vous dire !

Dusabe Vestine quant à elle, pense que 80 à 90% des rwandaises sont capables de réagir de la sorte face à un Kunyaza. Dusabe Vestine ? C’est une animatrice très populaire au Rwanda. Elle tient l’émission de radio Zirara Zubakwa dans laquelle elle aborde régulièrement le sujet. ‘’ Sachez que Dieu nous a donné cet océan à chacune d’entre nous ’’ a envoyé un jour une auditrice pendant son émission. Dusabe Vestine passe également dans les écoles et dans les villages pour sensibiliser les rwandais à ce sujet. Pour elle, plus qu’une simple technique sexuelle, il s’agit véritablement pour les rwandais de renouer avec leurs origines. Juger par vous-même. Dans les salles de classes, elle commence toujours son discours par : ‘’ Je suis venue vous parler de la culture rwandaise ‘’. Et quand une élève soulève le fait qu’une formatrice lui a dit qu’il ne faut pas faire le Gukuna. Car c’est pêcher et cela pousse à la masturbation, Dusabe répond : ‘’ Tu veux perdre les traditions rwandaises ?  De quel Rwanda cette formatrice te parle ? C’est une tradition rwandaise et on va la transmettre de génération en génération.’’

Attendez deux minutes, d’abord je vous parle de Kunyaza. Mais maintenant, c’est le Gukuna ? En réalité, il s’agit de deux choses différentes, mais qui sont étroitement liées.

Je vous explique.

Le Gukuna : ce rituel, pratiqué sur le sexe des jeunes femmes, qui permet d’augmenter les effets du Kunyaza

 

C’est une pratique qui se transmet de mère en fille. Elle doit être faite au moment où la jeune femme atteint l’adolescence. Dans le documentaire, on voit une Grand-Mère accompagner sa petite fille tout en haut d’une montagne à l’abri des regards du village. Elles se cachent sous un drap, on comprend alors que c’est le moment du Gukuna. Un acte qui a presque totalement disparu en ville, mais qui est encore présent dans les villages.

Cela consiste à tirer simultanément vers le bas les petites lèvres de la jeune femme. On réalise ce rituel avec des herbes du nom de Gukuna. Ces herbes sont chauffées au feu de bois. Puis, on les mélange à du beurre pour éviter de brûler le sexe au moment de l’application (puisque les herbes sont encore chaudes). L’objectif final est d’étendre les petites lèvres de manière a augmenté la zone érogène (et donc de faciliter la réussite du Kunyaza).

L’OMS a répertorié cet acte comme de la mutilation génitale au même titre que l’excision. Je ne suis pas spécialiste du sujet, mais je dis que si l’excision est délibérément pratiquée pour que la femme ne ressente jamais de plaisir, le Gukuna au contraire, est pratiqué pour qu’elle en ressente encore plus. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal dans cela. De plus, j’estime que le Rwanda est assez grand pour savoir ce qui est nocif ou pas pour sa population. Mais comme je l’ai dit, je n’ai pas fait assez de recherches sur le sujet pour me positionner clairement. Et vous quel est votre avis ? Dites-le-moi en commentaire.

Bref.

Kunyaza par ci, Kunyaza par-là, je ne fais que de vous parler de cette pratique sans vous expliquer concrètement comment la faire. Aller, c’est la fin du suspense. Je vous dis tout.

Comment faire un Kunyaza ?

 

Alors là, c’est le moment où vous éloignez les enfants de votre écran de téléphone ou de votre PC.  Je vais vous expliquer en quoi consiste un Kunyaza (enfin ce que j’en ai compris !).

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce paragraphe, mais il me semble absurde de faire un article sur un thème qu’on n’explique même pas en fin de compte !

En fait c’est très simple (en tout cas à expliquer !). Le Kunyaza consiste à ‘’ balayer ‘’ le vagin de la femme avec son pénis en insistant sur le clitoris. Il n’y a donc pas pénétration, mais uniquement stimulation ‘’vibrante’’ de la zone clitoridienne de la femme. Et là, tadaaa, jaillissement il y a.

Ah oui ! Et est-ce qu’il y a des aliments qui favoriseraient ce jaillissement si recherché ? Je vous réponds oui, ils sont les suivants : tous les plats en sauce, les bananes vertes, les légumes en général, les haricots, les pommes de terre et les courges. Sans oublier de surtout boire beaucoup d’eau.

Cet article peut paraître très centré sur la femme, mais il ne l’est pas. Le Kunyaza est bénéfique, appréciable et important aussi bien pour l’homme que pour la femme ! En effet, dans la plupart des cas, ce qui signe la fin des ébats amoureux est l’atteinte de l’orgasme masculin. Autrement dit, la satisfaction de l’homme (En France, 90% des hommes atteignent systématiquement l’orgasme contre 16% pour les femmes – sondage IFOP 2015). En abordant le Kunyaza, les deux partenaires sont certains d’atteindre la ligne d’arrivée. Comme le dit le docteur Simba Kakongi Ali, les rapports intimes sont comme le foot : ‘’ Il faut être fair play, [..] on joue à 2, et chacun doit pouvoir marquer’’. Voir cette eau jaillir, c’est une fierté pour l’homme. C’est une manière d’avoir la confirmation que sa partenaire a été satisfaite.

Bon voilà, c’est tout pour moi !

En tout cas, je vous conseille vraiment de regarder ce documentaire (la bande annonce : ici ). Cinewax résume très bien son contenu : ‘’ Le film part à la découverte de la sexualité rwandaise, en quête de l’eau qui jaillit du corps des femmes. Il nous dévoile avec humour et spontanéité le mystère de ‘éjaculation féminine. L’eau sacré confronte le public occidental à sa propre intimité et l’immerge dans la société rwandaise d’aujourd’hui par le biais de son héritage le plus secret : le plaisir féminin ’’.

Chers afro curieux, chères afro curieuses, à présent il ne me reste plus qu’à vous souhaiter….. une bonne soirée 😉

Et vous, aviez-vous déjà entendu parler du Kunyaza ? Dites-moi ce que vous en pensez en commentaire ! Moi je vous donne mon avis juste en dessous, dans ” La Note d’Abena “.

La Note d'Abena

Je vous dis ce que j'en pense....!

Parler de « sexe », c’est tabou. Que cela soit en famille, en société et même parfois entre amis. Si ce sujet arrive sur la table, on commence à chuchoter et à avoir des rires gênés. Avoir des rapports entre adulte, c’est parfois juste vu comme un amusement ou un plaisir superficiel. Pourtant je trouve que c’est central dans la vie et la prospérité d’un couple. Alors quand j’ai découvert ce sujet du Kunyaza abordé si naturellement, vous imaginez mon étonnement.

Un sujet aussi tabou (et si important à la fois), au cœur d’une tradition africaine ? J’étais agréablement surprise. Pour moi la solidité et la complicité d’un couple ne repose pas uniquement sur la magie de l’amour. C’est une chose qui s’entretient. C’est un travail de tous les jours. Selon moi, chercher à s’améliorer et à mieux se connaitre intimement est un des moyens de préserver cette ‘’ magie ‘’. C’est permettre de se retrouver. C’est accepter un voyage authentique vers la connaissance de sa moitié (et ce, même après plusieurs années de vie en couple).

Décidément, '' ils '' avaient vraiment pensé à tout. A nous maintenant de renouer avec toutes les sphères de notre héritage culturel. A défaut de les pratiquer, tentons au moins de les connaitre. Tentons au moins de les comprendre. Tentons au moins de savoir d’où l’on vient.

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